Interview d’Ustâdha Sabrina de l’institut Les Jardins du Savoir (JDS)

Les jardins du savoir: l’institut 100% femmes situé à Lyon

Nous poursuivons notre série d’interviews de professeur(e)s avec Sabrina Oum Khadija, présidente de l’association Les Jardins du Savoir. L’institut « JDS » propose aux femmes des cours d’arabe, de Coran et de sciences islamiques à Lyon.

Les jardins du savoir, interview d'Ustadha Sabrina, JDS

Jâhiz: As-salâm ‘aleyki Ustâdha. Pouvez-vous nous en dire davantage sur vous ? Votre parcours ?

Ustâdha: Wa alayki salam. Je suis Sabrina Oum Khadija, Professeur de Coran. J’enseigne depuis 2002 le Coran et le Tajwid aux sœurs à Lyon. Afin de parfaire mon niveau d’arabe, j’ai effectué un séjour linguistique dans un pays du Moyen-Orient.

Je me suis ensuite lancée dans l’apprentissage à proprement parler. Nous allions à la mosquée tous les jours pour réviser et apprendre. En conciliant ma vie d’épouse, de mère et de professeur, l’apprentissage du Coran m’aura pris bi fadliLah près de dix années.

Jâhiz: Allâhi berek. Comment a débuté votre relation avec le Qur’ân ?

Ustâdha: Ceci est un bienfait d’Allah soubhanahou wa ta3ala. « C’est ainsi que vous étiez auparavant; puis Allah vous a accordé Sa grâce » (Sourate 4, An-Nissa, verset 94). C’est une grâce d’Allah soubhanahou wa ta’ala qu’Il accorde à qui Il veut.

Jâhiz: Na’am. Y a t-il un passage qui vous marque particulièrement et que vous souhaiteriez partager ?

Ustâdha: Il y a plusieurs passages que j’apprécie dans le livre d’Allah mais si je dois en choisir un qui motiverait les sœurs, c’est celui de la sourate 33 al-Ahzab, Les Coalisés, verset 35 :

« Les Musulmans et Musulmanes, croyants et croyantes, obéissants et obéissantes, loyaux et loyales, endurants et endurantes, craignants et craignantes, donneurs et donneuses d’aumônes, jeûnants et jeûnantes, gardiens de leur chasteté et gardiennes, invocateurs souvent d’Allah et invocatrices: Allah a préparé pour eux un pardon et une énorme récompense ».

Ce verset nous marque par la raison de sa révélation : Allah a révélé ce verset suite au questionnement d’une femme, Oum Salama (qu’Allah l’agréée), qui a interrogé le Prophète (Paix et Bénédictions soient sur Lui) sur les raisons pour lesquelles les femmes n’étaient pas mentionnées dans le Coran comme le sont les hommes.

Il y a également un autre passage qui me marque:

« Certes, ce Coran guide vers ce qu’il y a de plus droit, et il annonce aux croyants qui font de bonnes œuvres qu’ils auront une grande récompense, et à ceux qui ne croient pas en l’au-delà, que Nous leur avons préparé un châtiment douloureux.

L’homme appelle le mal comme il appelle le bien, car l’homme est très hâtif.

Nous avons fait de la nuit et du jour deux signes, et Nous avons effacé le signe de la nuit, tandis que Nous avons rendu visible le signe du jour, pour que vous recherchiez des grâces de votre Seigneur, et que vous sachiez le nombre des années et le calcul du temps. Et Nous avons expliqué toute chose d’une manière détaillée.

Et au cou de chaque homme, Nous avons attaché son œuvre. Et au Jour de la Résurrection, Nous lui sortirons un écrit qu’il trouvera déroulé: «Lis ton écrit. Aujourd’hui, tu te suffis d’être ton propre comptable».

Quiconque prend le droit chemin ne le prend que pour lui-même; et quiconque s’égare, ne s’égare qu’à son propre détriment. Et nul ne portera le fardeau d’autrui. Et Nous n’avons jamais puni [un peuple] avant de [lui] avoir envoyé un Messager ».

(Sourate 17, Al-Israa – Le voyage nocture, v9-15)

Jâhiz: Ma châ a Llâh. A quel moment l’idée de transmettre vous est-elle venue ?

Ustâdha: La transmission du Coran a été une évidence pour moi dès lors que j’ai commencé mon apprentissage. Et nous aspirons tous à faire partie de ceux désignés dans le hadith:

« Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui ont appris le Coran et qui l’enseignent »

.

Jâhiz: Sahih. Vous disposez d’une ijazah. Pour celles et ceux ne sachant pas de quoi il s’agit, pouvez-vous nous en dire plus ? Comment se déroule-t-elle ?

Ustâdha: La personne qui souhaite préparer une ijazah (qui signifie autorisation d’enseigner) doit maîtriser de façon parfaite la lecture du Coran ainsi que sa complète mémorisation. L’étudiant doit réciter le Coran dans sa totalité devant un Cheikh Moujaz (qui a lui même reçu ce titre) pour l’obtention d’une ijazah. Ce diplôme suit donc une chaîne de transmission qui remonte jusqu’au Prophète (Paix et bénédictions soient sur lui).

Jâhiz: Ma châ a Llâh. Selon vous, est-ce qu’apprendre le Qur’ân est réellement à la portée de tous ? et son enseignement?

Ustâdha: Oui je suis convaincue que l’apprentissage du Coran est à la portée de tous conformément au verset du Coran:

وَلَقَدْ يَسَّرْنَا الْقُرْآنَ لِلذِّكْرِ فَهَلْ مِن مُّدَّكِرٍ

« En effet, Nous avons rendu le Coran facile pour la méditation ». (sourate 54  verset 17).

Ce qui relève de l’humain c’est de mettre les moyens et de faire l’effort, les résultats incombent à Allah 3aza wa jal.

L’enseignement également à condition d’y avoir été autorisé par un Professeur de Coran qualifié.

Il y a un rappel de Cheikh ‘Abd ar-Razzaq al-Badr que j’ai trouvé tout simplement magnifique. Il nous dit que :

« c’est Lui qui facilite à Ses serviteurs le fait d’être présents lors d’une assise de science, un cours bénéfique, c’est Lui qui facilite à Ses serviteurs l’écoute d’une exhortation donnée par un conseiller désirant le bien, c’est Lui !

Allah qui facilite à Ses serviteurs la lecture d’ouvrages remplis d’enseignements et de points bénéfiques… Notre Seigneur c’est Lui qui facilite toutes ces choses qui vont avoir un impact favorable et fructueux sur le serviteur dans sa vie de tous les jours !

Allah c’est Lui seul en vérité qui facilite toutes ces choses qui vont entraîner chez le serviteur un changement, une rectification de la direction que prenait sa vie. Et c’est assurément d’Allah que viennent toute les faveurs et c’est par Lui que se réalisent les bienfaits ».*

Jâhiz: Tayyib. Que ressentez-vous lorsque vous constatez que vos élèves ont des difficultés, qu’ils n’arrivent pas à avancer ou ne tiennent pas leurs programmes ?

Ustâdha: Je me mets à leur place car j’ai dans mon apprentissage du Coran du faire face à des périodes où je n’avançais pas comme je le souhaitais. Ces moments sont tout à fait normaux et font parti du processus même d’apprentissage. Il faut savoir remotiver l’étudiant en lui remémorant par exemple les hadiths relatifs aux bienfaits et à la récompense de celui qui apprend le Coran.

Jâhiz: Que faites-vous pour que ces élèves ne baissent pas les bras ? Pouvez-vous partager un conseil « motivation » à nos abonn(é)s?

Ustâdha: Quand nous sommes confrontées à une élève en difficulté, nous lui rappelons que l’apprentissage du Coran est un bienfait qui provient d’Allah (ta3ala) et que c’est vers Lui Seul qu’il faut se tourner et dont on implore l’aide. Nous évoquons également le verset cité plus haut sur le Coran qui a été rendu facile et je leur répète qu’ils sont capables d’arriver à atteindre leurs objectifs.

Enfin, faire en sorte d’instaurer un lien quotidien avec le livre d’Allah qui est rappelons-le une lumière et une guérison. Il est indispensable de constituer un programme hebdomadaire nous permettant de s’auto-évaluer, assurer le bon suivi et faire en sorte de maintenir ce lien avec le Coran.

Jâhiz: Qu’avez-vous ressenti lorsque vous aviez appris le Qur’an dans son intégralité ? Et lorsqu’il s’agit d’une élève?

Ustâdha: Lorsqu’Allah (ta3ala) nous permet d’achever l’apprentissage du Coran un grand sentiment de reconnaissance et de bonheur indescriptible nous envahit. Et en même temps, on se rend compte que l’apprentissage est terminé et cela s’accompagne d’une certaine tristesse car ces moments d’apprentissage et d’efforts resteront gravés dans nos mémoires comme les meilleurs moments d’une vie.

Lorsqu’il s’agit d’une élève également, nous remercions Allah de nous avoir permis de l’accompagner dans son apprentissage complet du Coran.

Jâhiz: Quel est selon vous le réel défi pour un professeur de Qur’ân ? Un conseil pour les personnes qui souhaitent enseigner ou qui enseignent depuis peu ?

Ustâdha: L’un des défis pourrait être de permettre aux sœurs de faire du Coran le centre de leurs vies, de leur foyer comme c’était le cas chez les sahabas (qu’Allâh les agréé).

Jâhiz: Vous avez fondé l’association JDS. Pouvez-vous nous en dire davantage?

Ustâdha: Partant du constat que beaucoup de femmes recherchent des cours en sciences religieuses, mais elles n’en trouvent qu’auprès des hommes, nous décidons de lancer officiellement JDS (Les Jardins du Savoir). Au programme ? Des cours de qualité, à destination des femmes, et dispensés par des femmes.

*Source: http://www.sounna.com/

Toute l’équipe Jâhiz remercie Les Jardins du Savoir, son équipe et sa présidente pour ce partage. Qu’Allâh vous préserve toutes et vous récompense.

Sachez que ce dimanche 12 février, l’institut Les Jardins du Savoir organise une journée 100% femmes à Vénissieux. Une partie des bénéfices sera reversée au projet d’ouverture d’une école coranique. C’est donc l’occasion de joindre l’utile à l’agréable. Pour plus d’infos, rendez-vous ici.

 

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